Rappeler à Sentv qu’un plateau de télé, c’est du sérieux

Après la sortie de piste d’un avion de la compagnie Sénégal Air, jeudi 9 mai 2024, faisant 11 blessés dont 4 graves, nos confrères de la Sen tv ont abordé la question dans l’émission ‘’Grandes gueules’’. Au cours des échanges, un confrère sur le plateau a déclaré : « en matière d’avion, tout est sérieux, c’est du très sérieux. Il n’y aucun détail à négliger dans la vérification ».

Il est peut-être temps de faire comprendre aux acteurs des médias (pas à Sen tv uniquement) qu’un plateau de télévision aussi c’est du sérieux, du très sérieux. Par conséquent, il ne devrait y avoir aucun détail à négliger. Or, avec ce plateau de Sentv, on se rend compte que certains pensent qu’en matière de télévision, notamment les émissions politiques, on peut se réveiller, filer directement au plateau et donner son point de vue sur tout, même les sujets les plus complexes.


Et c’est ce qui est arrivé avec une consœur qui a étalé toute sa ‘’science’’ en matière d’aviation, particulièrement le pilotage. ‘’Il y a des pilotes qui ont la main lourde. Lorsqu’ils décollent, ils vous bouchent les oreilles du fait de l’altitude qu’ils veulent prendre coûte que coûte. Il y a des pilotes qui ne veulent pas flotter entre l’altitude d’en haut et l’espace (sic). Ils veulent monter directement », déclare-t-elle avec plein d’assurance.
Un chroniqueur sur le plateau n’a pas manqué de lui faire une remarque assez parlante, même si c’est sous forme de blague : « Si on vous donne un avion, vous allez le piloter, vous qui gérez les altitudes et autres ». Certains pilotes s’en sont marrés en partageant la vidéo.
Mais le problème fondamental ici, c’est le regard qu’ils auront du journalisme sénégalais, l’image qu’ils pourraient se donner de la corporation. Il ne suffit pas de faire quelques recherches de dernières minutes sur un sujet pour pouvoir se prononcer, particulièrement lorsqu’il s’agit d’un sujet technique.
Encore une fois, un plateau de télévision, c’est du sérieux. Et c’est là où la chaîne a fauté. Rappelons que le crash a eu lieu vers 1h du matin. L’information a été rapidement diffusée dans  les médias. Ensuite, les autorités de l’aéroport n’ont pas tardé à communiquer. Or, le plateau en question a eu lieu en début de soirée. Autrement dit, il n’y avait aucune urgence. Au contraire, les responsables de l’émission avaient au minimum 10 heures de temps pour se préparer.
Dans des circonstances pareilles, la moindre des choses, c’est d’inviter sur le plateau un spécialiste de la question. On peut même aller plus loin en ayant différents profils du secteur : pilote, mécanicien aéronautique, aiguilleur du ciel, expert en régulation, un agent de la compagnie concerné… Cela aurait permis d’avoir suffisamment d’éclairage et des réponses assez précises sur les moindres détails.
Mais pour attirer ces acteurs vers ces types d’émissions, il faut d’abord faire preuve de rigueur. Dans la rédaction, il doit y avoir quelqu’un qui s’y connait dans ce domaine, qui a les contacts nécessaires et la reconnaissance des acteurs du milieu pour qu’ils acceptent de venir sur le plateau. S’ils ne sont pas rassurés, s’ils ne sont pas sûrs d’avoir du répondant, ils ne viendront jamais.
Il y a juste quelques jours, certains patrons de presse pleurnichaient du fait des difficultés structurelles dans les médias et un contexte particulier qui fait suite à la présidentielle. Cependant, pour sortir la tête de l’eau, les médias doivent impérativement gagner la bataille du contenu. La réponse aux attentes du public est une condition sine qua non pour exister et être viable.
Et pour cela, il faut un contenu de qualité, un contenu à la fois important (pour éveiller, éduquer) et intéressant (pour capter). A défaut, la presse va continuer à végéter et tomber jour après jour dans la médiocrité et le discrédit. Les perfusions permanentes ou périodiques sous forme de convention, d’aide, d’amnistie fiscale ou d’enveloppes occultes n’y changeront rien.

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